L’ancien grand-orgue Victor GONZALEZ de la Chapelle royale de Versailles

Une fois acquis le projet d’installer un orgue à Laroque d’Olmes, deux solutions étaient possibles : construire un orgue neuf ou installer un orgue qui se trouverait disponible. Suite à de nombreux contacts et, sur le conseil de M. Jean-Pierre DECAVELE, technicien conseil pour les orgues auprès du ministère de la Culture, le choix de solliciter l’acquisition de l’ancien grand orgue Victor GONZALEZ de la chapelle royale de Versailles fut retenu pour l’importance et la qualité de l’instrument, sa complémentarité avec les autres instruments de la région Midi-Pyrénées et pour son passé prestigieux qui décupla aussitôt les motivations, tant des habitants de la commune que des partenaires financiers publics et privés.
La commune sollicite alors de l’Etat, qui en est propriétaire, la cession de l’orgue par l’intermédiaire des Domaines.



L’histoire des orgues à Versailles

Le fameux MANSART, Architecte des Bâtiments du Roi Louis XIV, meurt en 1708 alors que s’achèvent les travaux de la cinquième et dernière chapelle du château, c’est son beau-frère ROBERT de COTTE qui est chargé de la décoration intérieure et impose au facteur un projet de buffet nouveau par rapport à celui prévu dans le marché initial de 1679. Ce buffet, maintenant en un seul corps,et la partie instrumentale (tuyaux, mécanismes...) sont construits de 1709 à 1711 sous la direction de Robert CLICQUOT, " Facteur d’orgues du Roy ", qui est associé à Julien TRIBUOT. L’orgue est inauguré par François COUPERIN probablement le jour de Pâques de l’année 1711.

Louis-Alexandre CLICQUOT prend la succession de son père à sa mort en 1719 jusqu’à sa propre disparition en 1760. Son fils, François-Henri CLICQUOT fait des travaux en 1762, puis en 1789, sur l’orgue de la chapelle royale avant de mourir en 1790 juste avant l’inauguration de son chef d’oeuvre de la cathédrale de Poitiers en 1791.

Les années post-révolutionnaires et la première moitié du 19ème siècle voient le déclin de l’instrument, comme ce fut le cas pour la plupart de ses semblables. L’illustre facteur d’orgues du 19ème siècle, Aristide CAVAILLE-COLL fait un rapport sur l’instrument en 1845 puis le transforme complètement de 1871 à 1873 pour en faire un instrument romantique de 23 jeux sur deux claviers de 54 notes et un pédalier de 30 notes. La splendide console en fenêtre, avec ses quatre claviers au châssis plaqué de bois de rose agrémenté de fleurs de lys et de filets d’ivoire dissimulés par l’imposante porte ouvragée où figure le Roi David, disparaît, remplacée par une console retournée, en avant du buffet seul conservé avec ses tuyaux de montre.

A la fin de la première guerre mondiale, est entreprise une première campagne de restauration du Palais. En 1933, la Commission des orgues nouvellement instituée par le service des Monuments Historiques examine le problème de la restauration de l’orgue. C’est aussi l’époque où sous l’impulsion d’organistes comme Joseph BONNET, André MARCHAL, Félix RAUGEL ou d’un historien des orgues comme Norbert DUFOURCQ, on s’intéresse aux instruments des 17ème et 18ème siècles français restés intacts et aux compositeurs de la même époque dont la musique est de plus en plus publiée et jouée.

Si le célèbre symphoniste Charles-Marie WIDOR souhaite une simple restauration de l’orgue, c’est la proposition de ce nouveau courant esthétique qui aboutit, en faveur d’un retour à l’orgue de Robert CLICQUOT. Le projet présenté par le facteur Victor GONZALEZ est approuvé le 10 juin 1936. Les travaux sont réalisés de 1937 à 1938 mais la détérioration du climat mondial fait que l’orgue n’est jamais inauguré. Quant à l’orgue CAVAILLE-COLL, il est reconstruit dans une paroisse rennaise.

Sont gardés le buffet et ses tuyaux de montre, quelques éléments anciens du plein jeu de grand orgue déjà conservés par CAVAILLE-COLL. Les quatre claviers sont copiés sur deux des anciens claviers de l’orgue CLICQUOT récupérés dans les ateliers de CAVAILLE-COLL. Ce retour à l’orgue classique français relève davantage d’une conception néo-classique, bien lointaine des critères qui sont maintenant les nôtres en matière de restauration ou de copie d’ancien.

La soufflerie est typiquement moderne (réservoirs à table horizontale) ainsi que les sommiers, même s’ils sont à gravures et registres coulissants. Les claviers sont certes inspirés des anciens mais avec des dimensions et un profil des feintes modernisés. Ils adoptent la disposition ancienne - du bas vers le haut : positif, grand orgue, récit, écho - mais tous avec une étendue de 54 notes ; les claviers de CLICQUOT comportaient 48 notes au grand orgue et au positif (Ut 1 à Ut 5 sans le 1er Ut dièze), 25 notes au récit (Ut 3 à Ut 5) et 32 notes à l’écho (Fa 2 à Ut 5).

Le pédalier est moderne " à l’allemande " et non sous forme de " marches " comme les pédaliers authentiques. Un astucieux mécanisme conçu par Fernand GONZALEZ, le fils de Victor,là encore afin de répondre aux normes modernes, permet d’avancer la console, certes en fenêtre,mais dissimulée derrière la grande porte ornée du Roi David quand l’orgue ne sert pas.

La mécanique des notes s’inspire des mécaniques suspendues de l’époque classique mais avec des emprunts aux technologies modernes dans les accouplements et tirasses par exemple. Pour le tirage des jeux, signalons les tirants de chêne à section carrée et pommeaux d’ivoire. La tuyauterie, réalisée avec beaucoup de soin par Victor GONZALEZ et Rudolph von BECKERATH, répond normalement à un cahier des charges précis quant à la composition des alliages des métaux et aux tailles. Celles-ci sont théoriquement inspirées du grand traité de facture d’orgues écrit par DOMBEDOS au 18ème siècle mais la réalisation relève aussi d’une libre interprétation : bourdons à calottes mobiles au lieu d’être soudées par exemple, tailles plus grosses dans les graves et plus fines dans les aigus. Par contre, les jeux d’anche (trompette, clairon cromorne...) sont construits vraiment à l’ancienne : rigoles ouvertes au diamètre et terminées en " goutte de suif ".


Un orgue néo-classique

Qu’on nous comprenne bien, il ne s’agit évidemment pas de faire le procès d’un instrument qui aurait l’inconvénient de ne pas être une copie fidèle d’un instrument français du 18ème siècle.
Que diront dans cinquante ans les spécialistes de l’orgue à propos de nos restaurations et copies actuelles ? Même si nous avons fait d’énormes progrès dans la connaissance archéologique de ces instruments, il n’en reste pas moins que nous sommes tout autant " victimes " des limites de nos connaissances actuelles. Surtout, nous ne sommes pas dans le même contexte psychologique et auditif que nos ancêtres. Comment pourrions-nous supporter avec le mélange appelé " grand jeu " un tremblant à vent perdu parfois suggéré dans les conseils de registration ?
Un univers sonore s’est  irrémédiablement perdu et nous ne pouvons que rêver face aux éléments archéologiques en notre possession. Notre humilité doit être à la dimension d’une grande admiration vis-à-vis de facteurs comme Victor GONZALEZ qui, dans la première moitié du 20ème siècle, ont su commencer le rêve et se lancer avec talent dans la difficile quête d’un univers sonore perdu à une époque où régnait en maître le symphonisme, sûr de ses grands effets sonores et expressifs. Il était normal qu’au début des années quatre-vingt-dix, on ait souhaité construire dans le buffet historique de Versailles une copie d’orgue plus conforme à sa nature et aux découvertes réalisées en matière de facture d’orgue ancienne. Ce projet a été réalisé en 1995 par le facteur d’orgues BOISSEAU spécialiste dans ce type d’instrument.
La partie instrumentale GONZALEZ (soufflerie, sommiers, 4 claviers de 54 notes et un pédalier de 30 notes, transmissions, tuyauterie pour 38 jeux) est donc démontée soigneusement par la MANUFACTURE LANGUEDOCIENNE DE GRANDES ORGUES puis entreposée dans ses ateliers à LODEVE (Hérault). Elle est acquise par la commune de LAROQUE D’OLMES en 2001. Les travaux en atelier commencent en 2003 et le montage dans l’église en septembre 2004.


Les travaux de reconstruction

Des choix techniques et esthétiques devaient être effectués. Sous la maîtrise d’ouvrage de la commune de LAROQUE D’OLMES et la maîtrise d’oeuvre de M. Jean-Pierre DECAVELE, il est décidé de conserver au maximum l’orgue GONZALEZ d’origine.
Le reste du plan intérieur est conservé :
- Dans le soubassement : la soufflerie, le sommier d’écho et le sommier des anches de la pédale.
- Au niveau de l’entablement, le sommier de grand orgue et les sommiers des jeux de fond de la pédale.
- Au-dessus du grand orgue, le sommier de récit.
Pour des raisons de place et d’inutilité sur le plan sonore dans l’église de Laroque, la flûte 16 de pédale n’est pas remontée. Pour améliorer sa puissance sonore, les dessus (42 tuyaux) de la trompette du récit sont disposés en chamade, au-dessus de la plate face centrale du buffet, petit clin d’oeil aussi aux traditions ibériques proches.
Il n’est évidemment pas question de pasticher le buffet de Versailles et c’est donc un buffet entièrement en chêne, d’allure tout de même très classique, qui est monté sur une tribune elle aussi en bois massif construite par les ateliers municipaux. Compte tenu des dimensions de la nef et pour améliorer le rendu sonore un peu décevant à Versailles en raison de la tuyauterie abondante tassée dans le buffet historique (claviers de récit et d’écho complets, flûte 16 de pédale...), le plan sonore du clavier de positif est sorti du corps principal pour devenir un " positif de dos ", petit buffet placé en avant au bord de la tribune, ce qui correspond tout à fait aux dispositions de l’époque classique française.
Au grand buffet, quatre tourelles en tiers point encadrent trois plates faces ; elles comportent des tuyaux de montre 16 et montre 8 du grand orgue, de flûte 4 de la pédale. Au petit buffet,trois tourelles encadrent deux plates faces ; elles comportent des tuyaux de la montre 8 du positif.
Au total, la façade comporte 70 tuyaux en étain à 80 %. Des claires-voies installées juste au-dessous de l’entablement du grand corps permettent un meilleur rendu sonore de l’écho. On se rappelle que le plein jeu de l’orgue de Cavaillé-Coll repris par Victor Gonzalez comprenait des tuyaux anciens qui sont donc restés à Versailles. Une fourniture de 4 rangs est donc fabriquée pour le clavier du grand orgue.

Tout le reste de la tuyauterie (environ 2700 tuyaux), les sommiers, les transmissions, la soufflerie sont restaurés, avec le remplacement, selon le modèle d’origine, de certaines pièces inutilisables. Un ventilateur neuf est installé pour fournir le vent nécessaire qui est utilisé sous différentes pressions selon les plans sonores.


Sources :
- DUFOURCQ Norbert, Orgues des grands édifices et palais nationaux : chapelle du château de Versailles, - Les Monuments Historiques au service des orgues de France, n° 2-3
- Caisse Nationale des Monuments Historiques, Paris, avril - septembre 1962.
- Orgues de l’Ile-de-France, Tome 1, Inventaire des orgues des Yvelines et du Val d’Oise,publié par l’ARIAM Ile-de-France (Editeur : Aux Amateurs de Livres, Paris), pp. 179.


L'Orgue à Versailles
Armes de LAROQUE d'OLMES (1696)
d'azur à trois rochers d'argent, deux et un
(Source: Histariege.com)


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